Boxster 3.4 SWS - 914 V8 = Liaisons dangereuses...
Texte et photo: Marc JOLY
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| COMPARATIF Voici deux Porsche qui nont pas froid aux yeux ! Non contentes de posséder une filiation directe, elles ont toutes deux participé à des accouplements contre nature. La 914 avec une 928, le et le Boxster avec une 911 ! Normalement, on pourrait parler dinceste, mais contrairement au genre humain, cest une pratique très appréciée dans le domaine de lautomobile, et des Porsche en particulier. Cest surtout un domaine dans lequel SWS excelle depuis toujours Depuis quil est papa, Robert Stutzmann tient encore moins en place quavant ! Pour ceux qui le connaissent, cela relève du domaine de limpossible. Et pourtant, cest la vérité. On note pourtant en lui comme le début dune certaine sérénité. Peut-être est-ce la perspective de voir un jour fleurir une enseigne au nom de Robert Stutzmann et fils, qui sait ? Non, sérieusement, le travail quil a accompli depuis la première fois que nous lavons rencontré est immense, et il peut en être fier. La première fois, cétait justement dans notre n°3, avec, déjà, une 914 V8. SWS, qui vendait et entretenait déjà des 911 comme aujourdhui, sétait fait un nom en mettant la 914 à toutes les sauces. V8 plus ou moins gros, 3.2, RSR, ils ont tout fait, tout osé, tout tenté, avec succès. A lépoque, on parlait surtout des frères Wagner, Raymond et Joachim, fondateurs de la maison, et qui en font, bien entendu, toujours partie ! Mais depuis, léquipe sest renforcée, agrandie, développée, sattaquant à toutes sortes de préparations, et se faisant une spécialité dans linstallation de gros moteurs dans des caisses légères. La révélation eut lieu lorsquils sortirent un moteur turbo de presque 400 ch dans une caisse de 911 SC (cf notre n°32) ! Le résultat, explosif, est encore dans toutes les mémoires. Depuis, Robert Stutzmann na que très rarement levé le pied. Souvent en survirage, parfois en sous-virage, frôlant régulièrement le sur-régime., il a toujours su se maintenir au cur de laction. Quil en soit aujourdhui à faire monter un moteur de 911 dans un Boxster nétonnera donc personne, même si, à ce petit jeu, il sest fait prendre de vitesse par NCS et RUF. A ceci une explication : Les grosses préparations ne sont pas une priorité chez nous. SWS tourne à plein régime, en permanence, avec la vente, lentretien, et une grosse quantité de petites préparations déjà connues qui marchent fort. Il est difficile de demander aujourdhui à notre équipe de créer encore des nouveautés. Nous avons pensé à ce Boxster 3.4 en même temps que nos confrères, mais nous avons mis plus de temps à le sortir, parce quentre deux, il y a toujours des clients qui réclament leurs autos, et cest bien eux quil faut contenter en premier. Ce sont plus de 100 Porsche qui sont vendues ici à lannée, et 700 qui rentrent à latelier, en ne comptant que les révisions des 911 ! Cest le travail de Joachim Ziegler et son équipe. Certains jours, on ne sait plus où garer les autos, et nous sommes en train de faire construire un nouveau show-room, à quelques mètres du garage. Mais peu importe, on est là, nous aussi, avec notre Boxster 3.4, et on a pris le temps de lui offrir ce quon sait faire de mieux en matière musicale !ª. Disons-le tout de suite, le Boxster qui illustre ces pages émet effectivement une sonorité diabolique, jamais encore entendue avec un flat six, et se rapprochant fortement de la moto. Très étonnant, totalement grisant, et incontestablement loscar de la meilleure musique pour une Porsche refroidie par eau !. HISTOIRES CROISEES Le hasard du calendrier a voulu que le Boxster soit terminé en même temps quune nouvelle 914 V8, la deuxième signée SWS. Impossible de ne pas regrouper ces deux Porsche dans un même sujet ! Car cest pour nous loccasion unique de revenir sur cette filiation évidente entre la 914 et le Boxster. Sans revenir sur ce qui a provoqué le relatif échec de la 914 (qui na jamais réussi à imposer une véritable image, oscillant constamment entre la VW de sport et la Porsche du pauvre), tout le monde saccorde à dire que cette auto possédait au moins un atout : un comportement hors normes, grâce à limplantation centrale arrière du moteur. Quand on roule dans une 914, on ne peut sempêcher de penser que Porsche est passé à côté de quelque chose avec elle. Une meilleure boîte de vitesses, un look un peu plus agressif et des moteurs qui envoient, cest tout ce qui lui manque. Mais quand une image est faussée dès le départ, il est rarissime de pouvoir la rectifier. Lhistoire des Porsche à moteur avant est toujours là pour nous le démontrer. Parmi les nostalgiques de la 914, il y a donc Raymond Wagner, qui nous a sorti, voici une petite dizaine dannées, une diabolique série de 914 modifiées, dont celle-ci. Que nous avons déjà présentée, sommairement, dans notre n°3, ce qui ne nous rajeunit pas. Cest leur premier gros coup, qui leur a permis, tout de suite, dêtre reconnu par lusine Porsche, un ingénieur de la grande maison ayant été essayé cette auto, la couvrant déloges à cette occasion. Concrètement, SWS en a rapidement construit une seconde, que nous avons cette fois essayée dans notre n°18, alors quelle appartenait à un amoureux de la 914 et du travail bien fait. La première, celle qui illustre ces pages, donc, a subi diverses évolutions, et de base de travail à notre petite équipe allemande. Le boulot étant ce quil est, elle a fini par prendre la poussière dans le fond du garage, aux côtés dune autre 914 équipée, elle, dun moteur 2.4 S. Tout sest précipité lan passé, lorsque Jean Desplousse sest porté acquéreur de la version 2.4 S pour participer au Monte-Carlo historique avec notre collaborateur Christian Tahon. Le fait de refaire cette auto complètement avant de la vendre a donné envie à Raymond et Robert de redonner vie à la V8. Et puis tout sest bousculé, complète Robert, et je me suis dit que se faire plaisir avec cette 914 était une chose, mais quil fallait aussi penser à lavenir, en se penchant sur le Boxster. Alors que nous étions prêts à abandonner provisoirement les travaux, déjà entamés, sur la 914, afin de se consacrer au Boxster, voilà que le propriétaire de la première 914 V8 est passé au garage. Voyant quon travaillait sur lautre, il a immédiatement voulu lacheter, car il tenait à être le seul propriétaire au monde de 914 V8 ! Nous nous sommes donc retrouvés avec les deux gros chantiers en cours. Mais je ne regrette pas, Ça nous permet aujourdhui de sortir les deux autos au même moment, ce qui est un peu un clin dil à lhistoire ! On peut le dire. Car le Boxster, le vrai, reprend finalement lhistoire là où sest arrêtée la 914 : une Porsche à plus petit budget, stricte deux places, avec moteur central arrière. Le comparatif entre deux modèles de série était déjà tentant, mais ici, on touche du doigt un second parallèle, celui concernant SWS, qui, nous le disions, sest toujours fait une spécialité des gros moteurs dans les petites autos. Il était tout à fait logique quils finissent par en faire de même avec le Boxster. GROS V8 CHERCHE PETITE 914 Les histoires dinceste sont condamnables, disions-nous en introduction, chez lêtre humain. De vieilles histoires de consanguinité ont même entaché le passe de certains pays. Au bout, la folie guette. Mais quand il est question dautomobiles, tout est différent ! Quoique, à bien y réfléchir, on peut quand même se demander si de telles modifications ne finiraient pas par rendre également un peu fou. Prenez une 914/6, installez-lui un bon gros moteur de 928 S, avec 310 ch et une sonorité qui va bien, il y a là de quoi perturber les âmes les plus paisibles. Surtout quand on songe au couple de 400 Nm à 4100 t/mn. Reste quil sagit dun travail colossal, car le compartiment-moteur initial nest évidemment pas taillé pour une telle pénétration, si vous me permettez lexpression ! Il a donc fallu, comme sur les précédentes réalisations, reculer le compartiment à bagages dune vingtaine de centimètres, afin de loger le bestiau. Au final, il doit même sortir plus que 310 ch au travers de ses 4600 cm3, puisque la clim et la direction assistée ont disparu de ses accessoires, ce qui le libère encore plus. Le gain avait été chiffré à une quarantaine de chevaux à lépoque, non vérifiés depuis. Mais peu importe. La boîte de vitesses est une simple 915 (SWS est passé maître dans lart dinstaller cette boîte sur les 914) avec embrayage renforcé. Des radiateurs ont été logés dans les ailes, élargies, afin de refroidir ladite boîte, qui a du pain sur la planche. Pour le moteur, un énorme radiateur a été installé dans le compartiment avant. Ne restait plus quà installer des Bilstein dernier cri et des freins de Turbo 3.0, autant à lavant quà larrière, et le tour était joué. Côté look, lauto na pas changé depuis notre numéro trois. Les ailes sont encore plus larges que celles dune 916, et on retrouve le toit en dur soudé afin daméliorer la rigidité de lensemble. Des renforts de caisse ont été aménagés partout où cela était possible. Les jantes Fuchs sont en 15 de diamètre, par 7 de large à lavant, et 8 à larrière. Ce sont des Yokohama qui sont chargés de fumer au démarrage. A côté de ce travail titanesque, installer un moteur de 996 dans un Boxster est presque un jeu denfant ! Ça rentre tout seul ! Enfin presque Cest un travail qui demande beaucoup dajustements, et la première fois, on commet pas mal derreurs. Mais quand on a tout compris, cela nest pas très compliqué. Nous avons acheté un moteur et des freins entièrement neufs chez le concessionnaire K67, à Strasbourg, avec qui nous travaillons étroitement depuis cette année, afin de partir dune base saine. Lauto en elle-même nest autre que le Boxster 2.5 que nous vous avons déjà présenté dans notre n°108, alors équipé dun échappement modifié et particulièrement musical, et appartenant à Olivier Schon. Depuis, Olivier a cédé à nouveau ce Boxster à Robert, afin que celui-ci puisse jouer au savant fou avec elle. Mais à la différence de lapprenti sorcier, chez SWS, on maîtrise parfaitement le sujet ! Lauto a simplement reçu des jantes Racing 18, fournies par GWS, et montées en Continental. On aura aussi reconnu le bouclier de GT3 à lavant, une tendance qui semble beaucoup plaire sur le Boxster Côté mécanique, on sest aventuré dans le trinôme boîtier-filtre-échappement, ce qui devrait permettre de gagner une vingtaine de chevaux, mais lauto nétant pas passée au banc, nous navons pu le vérifier. Les freins sont ceux du Boxster S, ce qui a nécessité une modification au niveau du frein à main, afin de laisser celui-ci fonctionnel. Ajoutez un châssis sport, et le travail est fini. Ne restait plus quà essayer ces deux monstres DU PUR ROCKN ROLL ! Par téléphone, Robert mavait prévenu que jallais être très étonné par les sonorités de ces deux préparations. Mais jai entendu tant de Porsche émettre des musiques envoûtantes que je pensais ne plus pouvoir être surpris. Comme quoi la vie est bien faite, car on narrive jamais au bout de ses surprises. Sur place, surexcité comme un adolescent se rendant à son premier rendez-vous amoureux, Robert me fait dabord écouter la 914. On a beau dire, mais un V8 un peu libéré, cest vraiment quelque chose. Ca fait un peu américain, mais cest également très beau ! Soudain, je fais un bond de 3,52 mètres, car Frantz Huwer, lélectronicien maison, vient de démarrer, derrière moi, le Boxster ! Ah, cest malin, vraiment très malin ! Car il va me falloir trouver de nouveaux superlatifs pour qualifier cette musique-là ! Aussi vif quune moto, le flat six de ce Boxster semble comme ensorcelé. Dailleurs, je suis sûr que la nuit, quand on accélère, des elfes et des lutins doivent sortir de léchappement. Tous ensemble, ils ont créé un orchestre magique, trompetant à tout va. Même que quand ils sortent, la nuit, ils sen vont retrouver une fée dans la forêt, et continuent de danser la gigue, éclairés par des lucioles. Ca y est, le père Joly est encore en train de péter un plomb ! Mais je vous avais prévenu, ces Porsche finiront par me rendre fou ! Commençons, si vous le voulez bien, par la 914. Un bref essai mest autorisé en Allemagne, avant que lauto ne soit livrée à son propriétaire. Sur un bout dautoroute, nous parvenons à faire notre séance chrono, et là, surprise, la V8 nous sort un remarquable 6461 en reprises, en 5ème, ce qui est largement un record pour un modèle atmosphérique en boîte cinq ! Le couple est si fort quil permet à la 914 de reprendre presque aussi bien en 5ème quen 4ème, puisquil ny a que 4 dixièmes décart entre les deux rapports ! Ca commence vraiment fort ! Quant aux accélérations, elles sont identiques à celle dune 996, ce qui est dautant plus remarquable que le 914 est fortement pénalisée par sa boîte. Sur le 80/150, notamment, en partant de la 2, la boîte encaisse tellement quelle refuse régulièrement de passer en 3. Il me faudra plusieurs tentatives, en décomposant, pour y arriver. Visiblement, son truc à elle, cest le couple, et rien que le couple, ce qui na rien détonnant avec un V8. Dans ces conditions, sortir 7098 est remarquable. Avec une boîte moderne, elle gagnerait largement quelques dixièmes. Quant au 100/200, 12418 seraient du genre à réhabiliter totalement la 914, dun air de dire : vous avez vu ce que vous avez raté en stoppant mon exploitation ! Car il ne faut pas oublier de bien se resituer : nous parlons ici dune Porsche sortie de chaîne en 1970 ! Son comportement, lui, est toujours aussi merveilleux. Pas besoin de taper dans les rapports, on enroule tout sur le couple, et elle ne bronche pas, les 1100 kg nous rappelant que rien ne vaut la légèreté. Une fois quon sest habitué à un freinage dune autre époque (cest à dire qui freine bien, mais qui demande un véritable travail à la pédale), on réalise que cet engin reste redoutable sur petites routes. Réclamant du boulot à son conducteur, mais cest si bon ! Rouler dans le Boxster, à côté, cest aussi un jeu denfant. Mais denfant pas sage du tout ! A peine installé, on part immédiatement à la recherche dun mauvais coup, sous forme dune rue encaissée où on pourra accélérer et profiter complètement de la musique. Cest vraiment raaaaaaaaah lovely, et tout ce genre de choses. Dautant que toutes les qualités du Boxster sont ici intactes : vivacité, précision, sens du rythme, le tout en bien plus intense que sur un modèle normal, et même que sur un S. Comparons pourtant cette préparation à la précédente que nous ayons chronométrée (nous navons pas les temps du RUF en boîte six, hélas), autrement dit le Boxster NCS, qui est meilleur en reprises. La préparation faite par SWS sur le moteur 3.4 de 996 a surtout amené de la puissance en haut des tours, au détriment dun peu de souplesse, autrement dit le travail inverse de NCS. Nous reviendrons plus longuement sur le sujet, mais il est clair que les préparateurs se cassent les dents sur les moteurs 996. Dans le meilleur des cas, ils gagnent en reprises, mais pas en accélérations, ou linverse, mais jamais sur les deux tableaux. Pire, plusieurs ne parviennent même pas à faire mieux quun modèle dorigine, ni en reprises, ni en accélérations ! A y perdre son latin Toujours est-il que là où le modèle SWS est excellent, cest de 80 à 150 : 6794, cest mieux quune 996. De toutes façons, la comparaison est forcément limitée, puisque le 996 a une boîte six. Comme lexplique Robert : Nous avons hâte de proposer cette préparation sur une base de Boxster S, mais pour pouvoir travailler sur ce modèle, il faut en avoir un sous la main, et il est trop récent encore ! Logiquement, avec une boîte six, nous devons être partout mieux quune 996, rapport poids-puissance oblige !. Olivier Schon, qui a eu loccasion de disputer le challenge du club Porsche de France à Dijon avec ce Boxster, a réalisé quelques perfs intéressantes, se bagarrant avec pas mal de Carrera RS 3.6. Cest dire le potentiel de lauto. On vit décidément une époque formidable ! |
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