Un monoturbo peut-il faire aussi bien qu'un bi-turbo ?
Texte : Marc JOLY

La bande à Robert Stutzmann a encore frappé. Là où on ne les attend pas. Il y eut l’époque 914 (avec les V8 notamment), celle des moteurs turbos “qui vont bien” dans des caisses de SC ou de 3.2 celle des catalyseurs (plus que jamais d’actualité), et celle de l’escalade à la puissance, dont voici un exemple. Mais aucun acte n’est gratuit chez SWS.

A chaque fois, il s’agit de démontrer quelque chose de différent, de creuser une idée non développpée par la concurrence, bref, de se démarquer et surtout, surtout, de faire “péter” des temps. Quel que soit le créneau choisi. Les records absolus étant très difficiles à battre, Robert, toujours à l’affut des bons coups, s’est mis à travailler dans de nouvelles directions. Depuis l’ouverture de la période catalyseurs, toute l’équipe SWS a découvert de nouveaux débouchés. Avec le système Katronic, déjà largement développé dans ces colonnes, ils ont réalisé qu’on pouvait sortir des chevaux spplémentaires, gagner en consommation et en reprises, sans pénaliser les accélérations ! Un travail étonnant sur la gestion éléectronique, qui, du coup, remettait beaucoup de choses en question. Ainsi équipé, un bon moteur avec un seul turbo pourrait sûrement en remontrer aux bi-turbo. Robert se fixa donc un nouvel objectif : battre la 993 turbo avec une réalisation-maison, autant dans les reprises que les accélérations, ce qui n’était pas gagné du tout ! A la lecture de notre tableau, vous l’avez déjà compris, le pari est gagné. En reprises, elle bat non seulement la 408 ch, mais aussi la 430, et en accélérations, elle les précède toutes deux le le 80/150, battue d’un chouillat sur le 100/200. Autre surprise, même la GT2 est battue en reprise! Sur le même tableau, nous vous avons placé deux exemples de monoturbo en boîte 5 et 4. Ils sont meilleurs en accélérations, mais largués sur le plan reprises. Et ne croyez pas qu’il suffise d’installer une boîte six pour arriver à un tel résultat. Ce serait trop facile...

Magie de l’électronique
Ainsi, l’auto qui a servi à cette “expérience” a été réalisée sur la base d’une Carrera 2 de 1990. On remarquera le grand soin apporté au look, ce qui est également nouveau chez SWS. Jusqu’ici, on se contentait de mettre des chevaux dans des carrosseries existantes, voilà maintenant qu’on fait dans le design ! (message personnel à Claudine : “si tu veux avoir des nouvelles de Robert, n’hésite pas à m’appeler ! mais si tu lui fais trop souvent le coup de la Harley, j’ai peur qu’il en oublie les Porsche !) (ne cherchez pas à comprendre, c’est vraiment un message perso !) Et question look, elle est particulièrement réussie, cette 911 ! Vous aurez reconnu la copie conforme d’une 3,8 RSR, un des plus beaux looks de 911 de l’histoire. Avec ses jantes de Turbo 3,6, 18” de diamètre, 9” de large à l’avant, et 11” à l’arrière, elle est tout simplement superbe. Moi qui ne suis pas un fana du gris, je dois reconnaîte que cela lui va à la perfection (travail réalisé par le carrosserie Korkel, à Hoenheim) Si nous en doutions encore, nous en avons eu un aperçu étonnant lors de la journée Ruf à Hockenheim. Nous nous y sommes rendus avec cette Porshce, et, une fois garée sur le parking, elle a provoqué quelques attroupements, alors que de nombreuses perles rares étaient également présentes. Fidèles à leurs habitudes, les hommes de SWS ont réalisé toutes ces modifs à la manière de l’usine. Les extensions d’ailes sont dans le même métal que la carrosserie !
Parlons un peu des dessous de la belle. C’est souvent le plus excitant, non ? Le chassis est identique à celui d’une RS 92, avec des réglages spécifiques, et des freins de turbo 3,6. Le moteur est une 3,6 atmo, normal, sur lequel on a greffé un turbo K 28 avec échangeur de Turbo 2, et travaillé un peu l’intérieur, afin de modifier le taux de compression. Le gros du travail vient de l’implantation de l’injection électronique, très travaillée, du double allumeur remplacé par une bobine par cylindre, et de l’échappement Katronic, partant de tubulures de 3,2 au diamètre plus grand. Ainsi géré, le moteur dévelppe 450 ch pour un couple de 65 mkg à 4400 t/mn. Des chiffres excellents, d’autant plus que la plage d’utilisation est très large. Il fallait réduire le temps de réponse, et sur ce plan le résultat est à la hauteur des espérances. D’aucun répondront que le temps de réponse fait aussi tout le charme d’un moteur turbo. C’est vrai, mais quand les chiffres parlent, mieux vaut effacer ce temps de réponse. D’autant que point trop n’en faut, et nous allons voir que ce moteur a de la santé à revendre ! Autre grosse modif mécanique : l’installation d’une boîte six de 993 RS !

Il respire vraiment !
La première fois que j’ai essayé cette auto, c’était il y a quelques mois. Elle m’avait laissé une impression extraordinaire : son moteur émettait une sonorité diabolique, tout à fait comparable à celle de la respiration d’un tyranosaurus-rex forçant les grilles de Jurassic Park. Ce qui n’est pas peu dire. On avait l’impression que le moteur vivait et respirait littéralement entre vos mains. Une merveille.
Ma joie ne fut que de courte durée. Deux jours plus tard, Robert m’appela pour me signifier que ce bruit étonnant était dû à une fuite à la waste-gate du turbo. Il faut vous dire que j’ai été très privilégié, puisque j’ai pris le volant de cette auto le lendemain de sa sortie d’atelier, alors qu’elle n’était pas encore en phase définitive ! Je suis revenu en Juin, pour, cette fois, faire le véritable essai, voiture finie. Et je n’ai pas retrouvé, évidemment, cette sonorité étonnante. Ceci dit , rassurez-vous, le bruit de cette nouvelle préparation SWS est déjà superbe tel que. De l’intérieur, allégé, cela fait son petit effet, mais de l’extérieur, c’est l’explosion garantie !
Nous vous avons déjà parlé de l’aspect brut des performances, via les chronos. Mais la sensation au volant est tout aussi étonnante. Elle arrache fort, c’est une évidence et un plaisir dont on ne se lasse pas, mais l’étonnement vient de la quasi-absence de temps de réponse. On se croirait dans une bi-turbo, avec un côté plus rageur, plus violent. Tous les avantages de l’une sans les défauts de l’aute, en quelque sorte. Autre point remarquable : le comportement. Là aussi, SWS nous a souvent habitué à des autos vivantes dans tous les sens du terme, joueuses, allumeuses, aimant se balancer de la croupe. Sur une caisse moderne, et avec une telle puissance, on ne peut plus plaisanter : elle est rivée au sol, et sur les autoroutes allemandes, quelques longues courbes dégagées m’ont permis d’en négocier quelques unes aux alentours des 280 km/h. L’effet est saisissant, car au fur et à mesure que la courbe prend de l’angle, la Porsche semble se souder au sol et la direction se durcit. On se croirait dans une F1 à l’époque des wing-cars. En fait, les excellents réglages de trains et le gros aileron font tout simplement leur boulot. C’est très impressionnant, et très sécurisant. Seule fausse note sur cette préparation sans faute jusque là : la direction non assistée. A trop vouloir faire une RS surpuissante, on a poussé le bouchon un peu loin. Si, sur autoroutes et grandes routes, cela ne pose aucun problème, on imagine que cela doit être moins simple sur des petites routes de montagne. Gros bras indispensables.

Pour le reste, ne changez-rien. Surtout que j’ai gardé la cerise sur le gateau : la consommation. Comme toutes les Porsche SWS récemment préparées, elle fait également très fort sur ce plan : en roulant entre 160 et 180 sur un long parcours, on ne consomme que 13 litres aux cent, et en roulant tout le temps à 200, on est à 16 litres. Ce qui représente quelques litres de moins par rapport à la normale. Tout ceci étant dit, sachez que l’auto qui illustre ce reportage est déjà vendue, mais que vous pouvez demander le même moteur sur toutes générations 964 et 965.
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